Visite du Living Lab AMWI : découvrez ses actions de co-construction au service des Solutions fondées sur la Nature en Polynésie française
Comment les Solutions fondées sur la Nature peuvent-elles contribuer à préserver les écosystèmes lagonaires face au changement climatique, à l’érosion côtière ou encore à la dégradation des récifs coralliens ? C’est à cette question que tente de répondre le Living Lab AMWI (« amui », qui signifie « uni, ensemble et productif » en reo mā’ohi), un projet de recherche collaborative porté par le CNRS, l’Université de la Polynésie française, l’Ifremer, la Délégation à la recherche de Polynésie française et l’ILM.
Afin de mieux comprendre les enjeux du projet et les actions menées par le Living Lab AMWI, à la fois sur le terrain et dans le cadre des démarches en cours, une visite d’une semaine a été organisée en juin 2026. Cette visite a été l’occasion de découvrir une démarche qui place la co-construction au cœur en réunissant chercheurs, gestionnaires, associations et acteurs locaux autour d’un objectif commun : imaginer et tester des Solutions fondées sur la Nature adaptées aux spécificités des territoires insulaires.
En Polynésie française, les pressions exercées sur le continuum Terre-mer sont multiples. Les épisodes de fortes pluies entraînent des sédiments vers le lagon, favorisant son eutrophisation et la prolifération d’algues. Ces phénomènes s’ajoutent aux effets du changement climatique, tels que le réchauffement et l’acidification des océans, les canicules marines, le blanchissement corallien ou encore l’érosion du littoral, ainsi que des phénomènes anthropiques comme la surexploitation des lagons.
Dans ce contexte, le Living Lab AMWI explore une question encore peu documentée : les Solutions fondées sur la Nature peuvent-elles répondre efficacement à ces défis dans les écosystèmes tropicaux insulaires de la Polynésie française ? Pour y répondre, le projet mise sur une approche participative où les connaissances scientifiques, les savoirs et l’expertise locale sont mobilisés dès la définition des enjeux, puis tout au long de la conception, de l’expérimentation et de l’évaluation des solutions.
Jour 1 : Découvrir les recherches du Living Lab AMWI
Cette rencontre a débuté par une première journée consacrée à la présentation du Living Lab AMWI, ses objectifs et des différentes activités de recherche menées dans le cadre du projet :
Les actions terrestres du living lab AMWI
Mené par Clément Péridy, stagiaire sur les dynamiques et évolutions des systèmes agricoles de Moorea – CNRS – CRIOBE
Contexte

En Polynésie française, l’agriculture ne constitue pas le principal secteur d’activité économique et le territoire ne dispose pas d’une autonomie alimentaire.
À ce jour, seuls deux producteurs sont certifiés en agriculture biologique à Moorea, tandis que l’agriculture conventionnelle demeure largement majoritaire. On observe également une diminution du nombre d’agriculteurs ainsi que des surfaces cultivées.
Concernant les Solutions fondées sur la Nature (SfN), le territoire se trouve encore dans une phase exploratoire. Les travaux actuels portent sur l’identification des pratiques existantes et des besoins exprimés localement afin d’évaluer le potentiel de développement de ces solutions.
Objectifs du stage
Le stage poursuit trois objectifs principaux :
- établir un diagnostic agraire des agroécosystèmes de la vallée d’Opunohu ;
- recueillir l’avis des agriculteurs sur la faisabilité d’une transition agroécologique ;
- constituer un réseau d’agriculteurs souhaitant rejoindre la dynamique collaborative du Living Lab AMWI.
Le diagnostic agraire
Le diagnostic agraire vise à comprendre la diversité des exploitations agricoles, leurs trajectoires, leur fonctionnement, leurs performances et leurs perspectives d’évolution.
Il cherche également à comprendre les trajectoires des agriculteurs, leurs choix techniques et leurs stratégies de production afin de construire une typologie des agriculteurs. En identifiant des groupes homogènes de producteurs, cette démarche permet de concevoir et mettre en œuvre des projets/programmes/politiques de développement agricole et rural.
Premiers résultats
Les premiers entretiens ont permis d’identifier plusieurs contraintes rencontrées par les exploitants :
- un relief qui limite la mécanisation ;
- une forte préoccupation liée aux vols de récoltes ;
- des contraintes foncières, avec une obligation de produire sur les terres louées, qui favorise parfois des monocultures de longue durée au détriment du renouvellement de la fertilité des sols ;
- une très forte pression des adventices (« mauvaises herbes »), entraînant un recours important aux herbicides.
À l’inverse, plusieurs leviers favorables au développement de pratiques agroécologiques ont également été mis en évidence :
- le dispositif COPAM, qui contribue à réduire les coûts de production ;
- l’accompagnement de la Direction de l’Agriculture (DAG), qui prépare les parcelles avant leur mise en location ;
- la carte agricole, qui offre notamment des avantages fiscaux (défiscalisation) pour l’acquisition de matériel ;
- l’absence de certaines taxes sur les exploitations ;
- une très forte demande locale en produits frais et locaux : la production locale trouve facilement preneur ;
- un marché unique pour le cacao avec un seul producteur.
Cette première phase du diagnostic met ainsi en évidence un fort potentiel de transition, à condition de lever les contraintes techniques, foncières et organisationnelles identifiées.
Mené par Thibaud Mallevialle, stagiaire en cartographie des zones humides littorales – CNRS – CRIOBE

Les zones humides jouent un rôle essentiel dans le fonctionnement des écosystèmes littoraux. Elles assurent notamment des fonctions hydrologiques, en contribuant à la régulation des flux d’eau et à l’amélioration de la qualité de l’eau, ainsi que des fonctions écologiques, en servant de zones de reproduction, de nurseries et d’alimentation pour de nombreuses espèces.
Malgré leur importance, les zones humides demeurent encore peu étudiées en Polynésie française. À ce jour, il n’existe ni cartographie exhaustive, ni recensement complet ni classification des différents types d’habitats humides présents sur le territoire.
L’étude s’appuie sur la définition donnée par l’article L. 211-1 du Code de l’environnement français :
« On entend par zones humides les terrains, exploités ou non, habituellement inondés ou gorgés d’eau douce, salée ou saumâtre de façon permanente ou temporaire, ou dont la végétation, lorsqu’elle existe, est dominée par des plantes hygrophiles pendant au moins une partie de l’année. »
Premiers résultats de la cartographie
À Moorea, 174 zones humides potentielles ont été identifiées.
Parmi elles :
- 29 % ont pu être validées sur le terrain ;
- 38 % ont été invalidées ;
- 33 % n’ont pas pu être observées, principalement en raison du caractère privé des terrains.
Les zones humides validées se répartissent en plusieurs catégories :
- 24 forêts marécageuses
- 6 prairies salées
- 27 mangroves
- 11 submangroves
- 8 marais à cypéracées
- 20 autres types de zones humides

L’analyse met également en évidence une forte régression de ces milieux. À Tema’e, par exemple, une vaste zone humide était encore présente en 1955. Depuis, sa superficie a fortement diminué, passant d’environ une centaine d’hectares à seulement 37 hectares aujourd’hui.
Perspectives
Les travaux ont pour objectif de produire :
- des fiches descriptives pour chacun des principaux types de zones humides présents à Tahiti et Moorea, accompagnées d’informations sur les espèces végétales présentes ;
- identification d’une méthodologie de cartographie et de caractérisation des zones humides la plus pertinente à être déployée sur l’ensemble des hautes îles de Polynésie française.
Ce travail constitue ainsi une première étape vers une meilleure connaissance, une gestion plus cohérente et une conservation renforcée des zones humides littorales de Polynésie française.
Mené par Jean-Yves Meyer, Écologue au sein de l’UMR SECOPOL et Vice-délégué à la recherche de la Polynésie française
Contexte
Les zones humides, littorales et estuariennes constituent des interfaces essentielles entre la terre et la mer. Elles jouent un rôle clé dans le fonctionnement des écosystèmes côtiers.
Les cours d’eau assurent quant à eux la connectivité écologique entre les écosystèmes terrestres et marins, en transportant l’eau, les sédiments et les organismes vivants à travers le territoire.
Ces milieux figurent parmi les habitats les plus menacés, en particulier sur les îles volcaniques de l’océan Pacifique, où les pressions anthropiques et les espèces exotiques envahissantes fragilisent fortement leur fonctionnement.
Dans ce contexte, la restauration écologique apparaît comme une solution complémentaire aux outils réglementaires (aires protégées) et aux actions de conservation environnementale.

Objectifs
Si la restauration des littoraux est déjà relativement maîtrisée, la restauration des berges de rivières avec un suivi scientifique rigoureux constitue une première en Polynésie française. Cette action vise à :
- restaurer les littoraux, les zones humides et les berges des rivières grâce aux Solutions fondées sur la Nature, notamment par le rétablissement des assemblages de plantes vasculaires indigènes et des fonctions écologiques et des services écosystémiques, ainsi que par la valorisation des dimensions bioculturelles (comme les usages traditionnels des plantes médicinales),
- sensibiliser les acteurs locaux et les usagers à l’importance des écosystèmes côtiers et des zones humides indigènes,
- produire des lignes directrices de restauration à destination des gestionnaires des ressources naturelles, des autorités locales et des communautés.
Les premiers résultats de restauration devraient être visibles à court et moyen terme, avec des effets attendus dans les un à deux ans suivant la mise en œuvre des actions.
Mené par Felice Françoise, doctorante en socio-anthropologie sur les aménagements et les usages des rivières de Tahiti et de Moorea – UPF – MSH-P
Contexte

Les rivières constituent des ressources essentielles en Polynésie française. Elles assurent l’approvisionnement en eau potable, l’irrigation des cultures et fournissent des habitats à de nombreuses espèces animales et végétales.
Toutefois, l’anthropisation des vallées s’intensifie. Les cours d’eau sont de plus en plus canalisés et exploités ou touchés par l’exposition à différents types de pollution.
Les rivières de Polynésie française, ainsi que leurs berges sur une largeur de cinq mètres, appartiennent au domaine public fluvial. Contrairement à la France métropolitaine, la Polynésie française ne dispose pas d’une agence de l’eau.
La gestion de la ressource repose sur une gouvernance impliquant de nombreux acteurs publics et privés, tandis que l’exploitation et la distribution de l’eau sont en partie déléguées à des entreprises.
Une gouvernance partagée
La gestion des rivières mobilise une grande diversité d’institutions, chacune intervenant selon ses compétences :
- la Direction de l’environnement (DIREN) réalise les diagnostics environnementaux, les études biologiques et met en œuvre la politique de l’eau ;
- la Direction de l’équipement (DEQ) est chargée des travaux d’aménagement des cours d’eau et des ripisylves, notamment les opérations de curage, d’endiguement et le suivi hydrologique ;
- la Direction de la culture et du patrimoine – Te Papa Hiro’a ‘e Faufa’a Tumu assure la gestion et la valorisation du patrimoine culturel matériel et immatériel lié aux vallées ;
- les communes, souvent en délégation avec La Polynésienne des Eaux et la SPCPF, sont responsables de la distribution de l’eau potable et de l’entretien des réseaux ;
- la Direction de l’agriculture (DAG) assure l’entretien des captages et des réseaux d’irrigation destinés aux exploitations agricoles ;
- enfin, la société Marama Nui exploite les ouvrages hydroélectriques, qui représentent environ 20 % du mix énergétique de la Polynésie française.
Cette multiplicité d’acteurs, aux compétences complémentaires mais parfois imbriquées, fait des rivières un espace où se croisent des enjeux environnementaux, économiques, sociaux et culturels, rendant leur gouvernance particulièrement complexe.
Objectifs
Cette recherche vise à mieux comprendre les relations qu’entretiennent les populations avec les rivières de Tahiti et de Moorea. Elle s’articule autour de trois questions principales :
- Comment les rivières sont-elles vécues, connues et pratiquées au quotidien ?
- Quels sont les enjeux et les rapports de pouvoir autour de la gestion des rivières ?
- Comment co-construire des solutions de gestion des rivières socialement et écologiquement justes et durables ?
Méthodologie
L’étude combine des approches ethno-historiques et ethnographiques.
Une approche ethno-historique
Elle comprend :
- un état de l’art des recherches archéologiques et historiques menées dans les bassins versants étudiés ;
- la collecte et l’analyse d’archives iconographiques, notamment des photographies anciennes, des vues aériennes et des documents illustrant les usages historiques des rivières.
Une approche ethnographique
Elle repose sur :
- des entretiens semi-directifs menés auprès d’une diversité d’acteurs : riverains, agriculteurs, agents des services publics, techniciens, représentants associatifs et autres usagers des rivières ;
- des observations participantes lors de sorties de terrain dans les vallées, de réunions des comités scientifiques et politiques, ainsi que d’associations locales.
Les actions lagonaires du living lab AMWI
Mené par l’équipe de l’Ifremer – SECOPOL composée de Guillaume Mitta, Simon Van Winsberge, Thomas Camus, Erwan Vigouroux, ainsi que Mayalen Zubia de l’Université de Polynésie française – SECOPOL
Contexte
Dans un récif en bon état écologique, les espèces herbivores jouent un rôle essentiel dans le maintien de l’équilibre entre les coraux et les algues. En broutant les macroalgues, elles empêchent leur prolifération et favorisent la dominance des coraux.
À l’inverse, lorsque les populations d’herbivores diminuent, les macroalgues peuvent proliférer, entraînant une perte des fonctions écologiques du récif et un basculement vers un état dominé par les algues (algal shift).

Une stratégie de restauration fondée sur l’aquaculture

Le projet développe donc une approche d’aquaculture restaurative comme outil potentiel de gestion des récifs coraliens en Polynésie française. Il consiste à élever des espèces présentant à la fois un intérêt écologique et un potentiel de consommation.
Les expérimentations portent notamment sur des espèces herbivores autochtones de la Polynésie française, telles que les oursins (Tripneustes gratilla) et le marava (Siganus argenteus), afin de choisir la ou les espèce(s) et leur stade de développement le plus pertinent pour contrôler les macroalgues proliférantes et ensuite renforcer leurs populations sur les récifs.
L’objectif est double :
- restaurer les fonctions écologiques des récifs en limitant la prolifération des macroalgues ;
- soutenir les ressources halieutiques (ensemble des espèces marines ciblées par les pêcheurs) dont dépendent les communautés locales.
Les premiers résultats montrent que les oursins présentent une préférence pour certaines macroalgues envahissantes, notamment Turbinaria et Sargassum.
Mené par Camille Dervillez, stagiaire Ingénieur en Sciences halieutiques et aquacoles – Ifremer – SECOPOL
Cette stratégie soulève toutefois une question importante : l’introduction d’oursins pourrait-elle également affecter des algues non proliférantes, qui jouent elles aussi un rôle écologique ?
L’enjeu est donc de déterminer la densité optimale de relâchement permettant de contrôler les macroalgues proliférantes sans perturber les autres communautés algales, tout en générant des bénéfices pour les pêcheurs.
Méthodologie
Pour cela, il faut estimer l’impact sur les algues proliférantes et non proliférantes en fonction de la densité d’oursins.
Les expérimentations menées sur le site de Vairao, au centre Ifremer, visent à évaluer l’effet de différentes densités d’oursins sur :
- la couverture des macroalgues proliférantes ;
- la diversité des communautés algales ;
En parallèle, des simulations sont réalisées sur le récif d’Atimaono afin d’identifier les scénarios de repeuplement les plus efficaces pour :
- réguler la prolifération des macroalgues ;
- préserver les macroalgues non proliférantes ;
- améliorer durablement les ressources disponibles pour la pêche.
Premiers résultats
Les premiers travaux confirment que l’aquaculture restaurative constitue une piste pour la restauration des récifs en Polynésie française.
Une densité d’oursins proche de 1 ind/m² (enclos faible densité) permet la diminution de Turbinaria et n’a pas d’effet sur les autres algues
Nécessité de prendre en compte la dynamique naturelle des algues dans le modèle
Pas de mise en évidence d’impact significatif des oursins sur les algues non proliférantes

Limites et perspectives
Est ce que à terme les oursins ne vont pas finir par manger des algues non proliférantes ⟶ on continue les suivis
Pas des conditions in situ (mouvements de oursins différents, pas de prédation, pas de pêche)
Faible puissance statistique pour les tests sur les algues non proliférantes : Pas de mise en evidence d’un effet des oursins ≠ pas d’effet des oursins
Mené par Mayalen Zubia, Chercheuse en Écologie marine – Université de Polynésie française – SECOPOL et Jean Wencélius, Anthropologue de l’Environnement – CNRS – CRIOBE
Dans un récif corallien en bonne santé, un équilibre naturel existe entre les coraux et les algues, qui jouent tous deux des rôles essentiels dans le fonctionnement de l’écosystème. L’objectif n’est donc pas d’éliminer totalement les algues, mais de maintenir cet équilibre.
Cependant, sous l’effet combiné du changement climatique, de la dégradation des habitats et de la surpêche, certains récifs peuvent basculer vers des états dominés par les macroalgues brunes. Leur prolifération excessive menace alors les services écosystémiques fournis par les récifs, notamment la biodiversité, la protection côtière et les ressources halieutiques.
Face à cette situation, des initiatives citoyennes d’arrachage manuel des algues se développent afin de restaurer localement l’équilibre récifal. Le projet Arata’i organise par exemple des campagnes d’arrachage de Turbinaria, étudie des pistes de valorisation de ces algues extraites mais aussi promeut des démarches de suivis écologiques participatifs et citoyens.

Une question centrale se pose aujourd’hui : comment améliorer l’efficacité et l’impact positif des campagnes d’arrachage ? Une piste émergente consiste à associer l’action humaine et l’action des poissons herbivores avec des pratiques d’aquaculture restaurative.
L’arrachage des algues attire les poissons herbivores, qui viennent compléter naturellement l’action humaine en limitant la repousse des macroalgues. Restaurer les communautés de poissons herbivores permettrait ainsi de renforcer l’efficacité des campagnes d’arrachage et d’accompagner durablement le retour des récifs vers un état écologique équilibré.
Cette approche pourrait être amplifiée par le développement d’une filière de valorisation économique des macroalgues collectées. En impliquant les pêcheurs locaux dans la collecte, la transformation et la commercialisation des algues, il serait possible de créer une nouvelle activité économique tout en générant un impact positif sur le tissu socio-économique local. Les macroalgues pourraient notamment être transformées en biostimulants agricoles ou en biopesticides, ouvrant la voie à la création d’emplois verts et à une économie circulaire.2
Ressources complémentaires :
Projet MOANA FENUA : Le projet MOANA FENUA vise à restaurer les écosystèmes lagonaires de Polynésie française, fragilisés par la prolifération de l’algue envahissante Turbinaria ornata. D’une durée de 19 mois (juin 2026 – décembre 2027), cette initiative repose sur un modèle d’économie circulaire reliant la mer à la terre. Cliquez ici pour en savoir plus sur ce projet !
Thèse SOLUBIOD/UPF : Lutte contre la prolifération algale par arrachages et repeuplement de deux herbivores Tripneustes gratilla (Hava’e) et Siganus argenteus (Marava) : évaluation expérimentale et modélisation multi-agents. Cliquez ici pour en savoir plus sur cette thèse !

Le développement d’une aquaculture familiale à petite échelle représente une opportunité pour proposer des solutions adaptées aux réalités locales, en s’appuyant sur les savoir-faire traditionnels des pêcheurs et en favorisant une approche durable, accessible et socialement innovante.
Le projet explore le potentiel de l’aquaculture familiale en valorisant le Marava, une espèce présentant plusieurs atouts :
Potentiel commercial
- Une demande locale forte, avec une commercialisation rapide et qui contribue à réduire la dépendance actuelle aux importations
- Un prix de vente attractif (environ 1 100 CPF/kg)
- Des possibilités de création de valeur ajoutée à travers de la commercialisation locale
Potentiel aquacole
- Des expériences locales démontrant la faisabilité de l’élevage
- Une alimentation diversifiée et peu coûteuse, permettant un élevage simplifié sans besoin d’aliments fortement enrichis
- Un potentiel pour développer des systèmes d’aquaculture extensive et des modèles d’élevage multi-espèces
Potentiel culinaire
- Une espèce fortement appréciée localement pour sa qualité gustative
- Une ressource non touchée par la ciguatéra, garantissant une meilleure sécurité alimentaire
- Une possible absence de mae’e en conditions d’élevage, facilitant sa valorisation auprès des consommateurs
Au-delà des aspects techniques et économiques, cette démarche s’appuie sur les connaissances et les pratiques des pêcheurs locaux, héritées d’une longue tradition maritime. L’objectif serait d’accompagner un premier groupe de pêcheurs volontaires dans la pratique aquacole, puis de mettre en place un parcours de certification permettant le développement de petites unités d’aquaculture familiale.
Cette approche pourrait également constituer un outil de sensibilisation à la préservation des ressources marines et ouvrir des perspectives de valorisation touristique, en créant des liens entre production locale, transmission des savoirs et découverte des pratiques traditionnelles.
Mené par Taiana Darius et Clémence Gatti, Biologiste – Institut Louis Malardé – SECOPOL
La ciguatéra est une intoxication alimentaire liée à l’accumulation de ciguatoxines produites par des algues présentes dans les récifs coralliens dégradés. Ces toxines sont transférées le long des réseaux trophiques, depuis les organismes herbivores jusqu’aux poissons prédateurs consommés par l’humain.
La ciguatéra constitue ainsi une menace importante pour les populations insulaires du Pacifique, en affectant à la fois la sécurité sanitaire, la sécurité alimentaire et la disponibilité des ressources marines.
Les conséquences sanitaires sont particulièrement complexes :
- une symptomatologie variée pouvant associer des troubles aigus et des formes chroniques
- des manifestations cliniques multiples (jusqu’à 175 symptômes rapportés dans certaines études)
- l’absence d’immunité acquise après intoxication
- l’absence actuelle d’outil diagnostic simple et fiable pour un usage courant
- l’absence d’antidote connu
Face à cette problématique, la restauration des écosystèmes récifaux pourrait jouer un rôle préventif en réduisant les conditions favorables au développement des algues toxiques.
Ce projet s’inscrit en soutien aux actions menées dans la Zone Atelier de Polynésie française, à travers le Living Lab AMWI, afin d’évaluer l’impact écologique des mesures de restauration récifale sur l’évolution du risque ciguatérique.
L’objectif est de caractériser l’évolution du risque avant et après la mise en place d’actions de restauration biologique, notamment l’arrachage de macroalgues proliférantes et le repeuplement en poissons herbivores. L’état initial (T0) permettra d’établir un diagnostic du statut ciguatérique des sites étudiés à travers le suivi de différents indicateurs chez des espèces sentinelles ainsi que du taux d’incidence des cas d’intoxication.
Après la mise en œuvre des actions de restauration, un suivi à T1 permettra d’évaluer leur impact sur le niveau de risque ciguatérique en comparant l’évolution de ces mêmes indicateurs. L’objectif est de déterminer si la restauration de l’équilibre écologique des récifs, notamment par la réduction de la dominance des macroalgues et le renforcement des populations d’herbivores, peut contribuer à limiter la prolifération des microalgues toxiques et réduire l’exposition des populations aux ciguatoxines.

Jour 2 : De la vallée de la Punaru’u au littoral d’Atimaono : suivre le parcours de l’eau, de la montagne jusqu’au lagon
La deuxième journée avait pour objectif de nous faire découvrir le continuum Terre-mer en suivant le parcours de l’eau, depuis la vallée jusqu’au lagon. L’idée était de commencer dans la vallée, où l’eau prend sa source, afin de mieux comprendre les enjeux liés aux bassins versants et d’observer comment les phénomènes qui s’y produisent et qui sont liés aux activités humaines influencent progressivement les rivières, le littoral et, finalement, les écosystèmes marins.
La matinée a ainsi débuté dans la vallée de la Punaru’u, où nous avons parcouru la vallée jusqu’au captage d’eau afin de mieux comprendre les enjeux liés à la gestion de la ressource en eau et aux interactions entre les milieux terrestres et marins.
La visite s’est poursuivie à la Maison de quartier de Muriavai, où un atelier participatif nous a permis d’échanger avec différents acteurs sur leur perception des rivières, leurs usages et les enjeux associés à leur préservation, ainsi que de faire un brainstorming des idées de SfN qui pourraient être mises en place.
L’après-midi, nous avons visité le site littoral d’Atimaono, un territoire qui concentre de nombreux enjeux écologiques et culturels. Ce site abrite notamment la dernière grande zone humide de Tahiti, ainsi que les berges de la rivière Mo’aroa, qui feront l’objet d’actions de restauration écologique. Les équipes nous ont présenté les travaux potentiels à mener pour réhabiliter la biodiversité des berges, préserver la zone humide et renforcer la résilience des écosystèmes côtiers afin d’améliorer la santé de du site.
Cette visite a également été l’occasion d’échanger autour du rahui, pratique ancestrale polynésienne de gestion des ressources naturelles. Le rahui, précurseur du développement durable, illustre la manière dont les connaissances scientifiques viennent complémenter les savoirs traditionnels. La science vient valider par des chiffres ce que la tradition sait déjà par l’intuition et le respect de la Terre.
Jour 3 : Le projet TAH-ORA : une démarche collective pour restaurer les rivières
La troisième journée a été consacrée à la gouvernance et à la concertation autour des Solutions fondées sur la Nature, à l’occasion du Comité technique (COTECH) du projet TAH-ORA, organisé à l’Université de la Polynésie française.
Financé par la Fondation de France et étroitement lié au Living Lab AMWI, le projet TAH-ORA vise à travailler sur la concertation et l’expertise pour une gestion intégrée des bassins versants de Tahiti et de Moorea. La démarche de concertation vise à réunir les collectivités, les services de l’État, les chercheurs, les gestionnaires, les associations et autres acteurs concernés par la gestion et l’aménagement des cours d’eau.

Le projet souhaite également solliciter des experts sur les Solutions fondées sur la Nature appliquées aux rivières en contexte tropical afin d’accompagner les réflexions et les futures actions de restauration.
L’ambition du projet est de restaurer les berges des rivières, les zones humides et les littoraux grâce aux SfN, en favorisant le retour de la végétation indigène, le rétablissement des fonctions écologiques et le maintien des services écosystémiques. Au-delà des actions de restauration, le projet entend également renforcer la sensibilisation à l’importance des écosystèmes fluviaux et côtiers, tout en produisant des recommandations à destination des gestionnaires des ressources naturelles, des autorités et des communautés locales.
Cette journée a également mis en évidence l’importance du renforcement des compétences des acteurs du territoire. Plusieurs besoins en formation ont été identifiés, notamment sur les Solutions fondées sur la Nature appliquées aux milieux fluviaux et le cadre réglementaire. L’objectif est de doter les différents acteurs des connaissances et des outils nécessaires pour faciliter le déploiement de ces solutions à l’échelle des bassins versants.
Jour 4 : À la rencontre des savoirs traditionnels et des pratiques agricoles durables dans la vallée d’Opunohu
Cette quatrième journée nous a conduits dans la vallée d’Opunohu, à Moorea, pour découvrir des initiatives locales qui illustrent le lien entre pratiques traditionnelles, agriculture durable et préservation des écosystèmes.

La matinée a débuté par une visite des tarodières de la Tahitian Historical Society, accompagnée par la délégation « Intergenerational rāhui exchange ». Cette rencontre a été l’occasion d’échanger autour du rôle des pratiques agricoles traditionnelles dans la gestion durable des ressources et la transmission des connaissances entre générations.

Les plantations de taro constituent un exemple intéressant de l’interaction entre agriculture et protection des milieux.

Grâce à leur système racinaire, les tarodières peuvent contribuer à limiter le transport des sédiments et à améliorer la qualité de l’eau par des mécanismes de phytoremédiation. Des expérimentations ont notamment montré la capacité des racines du taro à retenir certains contaminants, comme les pesticides, sans que ceux-ci ne soient transférés vers les parties consommées de la plante.

Au-delà de ces fonctions écologiques, la visite a permis de découvrir une démarche centrée sur la transmission des savoirs et la revitalisation des pratiques agricoles traditionnelles. La Tahitian Historical Society souhaite notamment développer une école agricole permettant aux nouvelles générations d’apprendre ces pratiques, de maintenir les connaissances héritées des ancêtres et de renforcer le lien entre culture, alimentation et environnement. La restauration du site vise également à en faire un véritable lieu d’échange et de transmission, où différentes générations peuvent se rencontrer autour de la terre et des pratiques agricoles.
La journée s’est poursuivie par la découverte d’autres initiatives agricoles menées dans la vallée, notamment des activités de maraîchage. La restauration du site mobilise une trentaine de personnes et permet aujourd’hui d’approvisionner gratuitement les restaurants scolaires avec des productions locales, contribuant ainsi à favoriser une alimentation plus durable pour les jeunes générations.
Dans la vidéo ci-dessous, Naumi Tapi, chargée de projets à la Tahitian Historical Society, nous fait découvrir le rôle des pratiques agricoles traditionnelles dans la gestion durable des ressources naturelles et la transmission des savoirs entre générations, à travers l’exemple de la tarodière de la vallée d’Opunohu, à Moorea (Polynésie française).
Jour 5 : Restaurer les paysages de la vallée d’Opunohu : lutter contre l’érosion et renforcer la résilience des écosystèmes

Cette dernière journée nous a conduit dans la vallée d’Opunohu, à Moorea, afin de découvrir les actions menées pour limiter l’érosion des sols agricoles et restaurer les berges des cours d’eau.

Cette immersion au sein du Living Lab AMWI a permis de découvrir une démarche où la recherche scientifique, les savoirs locaux et l’expertise des acteurs du territoire se rencontrent pour répondre à des défis environnementaux complexes.
De la vallée à l’océan, les différentes visites ont rappelé l’importance de considérer les écosystèmes comme un ensemble connecté : les pratiques agricoles, la gestion des rivières, la préservation des zones humides et la santé des lagons sont étroitement liées. Les pressions qui s’exercent sur un maillon du continuum Terre-mer peuvent avoir des conséquences sur l’ensemble du système, mais peuvent également être traitées grâce à des approches intégrées.
À travers les actions du Living Lab AMWI, les Solutions fondées sur la Nature apparaissent comme une démarche collective, qui ne repose pas uniquement sur des interventions écologiques, mais également sur la capacité des acteurs à travailler ensemble, à partager leurs connaissances et à co-construire des solutions adaptées aux réalités locales.