
Living Lab AMWI
Living Lab AMWI
Le Living Lab AMWI a pour objectif de co-construire, mettre en place et évaluer des Solutions fondées sur la Nature (SfN) le long du continuum Terre-Mer des hautes îles volcaniques de Tahiti et de Moorea.
Les îles hautes de Polynésie française subissent des pressions croissantes liées notamment à l’urbanisation, l’agriculture intensive ou encore l’érosion des sols. Ces pressions fragilisent leurs écosystèmes terrestres, côtiers et coralliens, déjà menacés par le réchauffement climatique. Face à ces enjeux, les SfN émergent comme des leviers essentiels pour restaurer et mieux gérer les milieux tout en générant des bénéfices écologiques, sociaux et économiques locaux.
C’est dans ce contexte qu’est né AMWI, un living lab collaboratif réunissant chercheurs, décideurs, entreprises, associations et citoyens. Notre mission ? Co-construire, tester et déployer des SfN innovantes sur Tahiti et Moorea, en privilégiant une gestion intégrée de l’interface Terre-Mer pour renforcer la résilience des socio-écosystèmes.
Ensemble, nous visons à créer des solutions durables, viables et facilement réplicables par les acteurs de la Polynésie française.

Un living lab pour améliorer la santé des socio-écosystèmes polynésiens
Accompagner la mise en place de stratégies de gestion intégrée du continuum Terre-Mer afin de :
- Contribuer au renforcement de la sécurité alimentaire
- Conserver la biodiversité et la résilience des socio-écosystèmes à l’interface Terre-Mer
- Améliorer à la fois la santé humaine et celle des lagons
Une gouvernance partagée et inclusive
La gouvernance du living lab AMWI sera établie par site. Des comités de sites se réuniront deux fois par an pour imaginer les protocoles des SfN mises en œuvre mais également pour suivre les actions tout au long du projet.
Chaque comité de site sera coordonné par au moins deux scientifiques.
Une réunion annuelle regroupant l’ensemble des partenaires du projet sera organisée. Elle permettra de présenter les différentes avancées des actions d’AMWI ainsi que la planification des jalons-clés du projet par site. La réunion sera l’occasion d’aborder la planification des actions transversales à mener et la vérification de la bonne gestion du projet.
Les sites d’actions du living lab AMWI

Des actions à l’interface Terre-Mer
Les actions du living lab AMWI se concentrent autour de la gestion du continuum Terre-Mer des îles de Tahiti et de Moorea. Afin de préserver l’extraordinaire biodiversité des lagons, il est essentiel à la fois de s’intéresser aux les dynamiques marines mais aussi aux activités terrestres. La gestion du continuum Terre-Mer est, en effet, un enjeu majeur pour la Polynésie française où les espaces terrestres et lagonaires sont administrés de manière découplée. Les îles de la Société, avec leurs bassins versants de petites tailles, sont confrontées à des phénomènes d’érosion et d’eutrophisation des lagons.
Dans la continuité des pratiques traditionnelles de gestion des espaces ne distinguant pas les domaines terrestres des domaines lagonaires, il devient aujourd’hui essentiel de repenser l’aménagement des rivières et des bassins versants à travers une approche globale.
La recherche locale étant principalement tournée vers les milieux marins, les actions d’AMWI autour des socio-écosystèmes terrestres et marins sont traitées de manière différente. Les actions terrestres sont centrées autour de l’acquisition de connaissances, de travaux de concertation et de restauration de milieux, tandis que les actions lagonaires sont davantage tournées vers le test de techniques de restauration et la gestion des ressources.
Les actions terrestres
Après un état de l’art des pratiques et des cultures agricoles sur Tahiti et Moorea ainsi qu’une étude sur les dynamiques et évolutions de l’agriculture sur Moorea, le living lab AMWI mettra en place des SfN co-construites avec les exploitants dans les parcelles, selon le principe de l’agro-écologie. Ces solutions auront un objectif double :
- favoriser la sécurité alimentaire et économique des polynésiens
- limiter l’afflux de sédiments et de polluants dans les lagons
Certaines cultures comme le taro ont, en effet, la capacité d’absorber les polluants et de retenir les sédiments présents dans l’eau, tout en restant consommables. Le living lab réhabilitera et/ou aménagera ainsi des tarodières sur ses sites pilotes.
La restauration de berges de rivières, de zones humides ainsi que du littoral grâce aux SfN constituent des actions phares du living lab. Ces restaurations suivront les compositions naturelles des plantes vasculaires indigènes. Cela permettre de rétablir les fonctions écologiques et les services écosystémiques du milieu comme la lutte contre l’érosion des sols et des berges, la capture des sédiments et la phytoremédiation. La restauration de ces milieux permettra également de re-dynamiser les valeurs bio-culturelles de la Polynésie française, en réemployant, par exemple, les noms locaux et/ou les utilisations traditionnelles des plantes et des animaux.
La sensibilisation à l’importance des écosystèmes côtiers et humides indigènes sera également un des enjeux de ces actions. La mise en œuvre de ces SfN fourniront des lignes directrices en matière de restauration aux gestionnaires des ressources naturelles, aux autorités locales ainsi qu’aux communautés.
Le living lab AMWI finance une thèse, portée par le Fare Pasifika, sur les formes d’aménagement et les usages passés et actuels des rivières de Tahiti et de Moorea. Cette étude sera abordée sous un angle socio-anthropologique. La thèse est en lien étroit avec la Politique de l’eau de la Polynésie française.
Les travaux menés contribueront aux démarches de co-construction de SfN visant à atténuer la dégradation de l’état de santé des rivières et des zones humides associées. Ils permettront d’identifier les principaux enjeux sociétaux, économiques et écologiques auxquels les SfN envisagées devront répondre.
La doctorante recrutée est Félicie FRANÇOISE.
Les co-encadrants de la thèse sont Guillaume MOLLE, Professeur en archéologie à l’Université de Polynésie française et Directeur du CIRAP, et Marie-Anne GERMAINE, Professeure de géographie à l’Université Paris Nanterre et Directrice adjointe de l’UMR LAVUE.
La Direction de l’agriculture et la Direction de l’environnement de la Polynésie française collaborent avec le living lab pour établir une cartographie des zones humides littorales de Tahiti et de Moorea. Cette cartographie servira de base pour mettre en point un protocole de cartographie à l’échelle du territoire.
Le travail a un objectif double :
- élaborer une meilleure législation des zones humides sur le territoire
- établir un profil des zones humides dégradées à réhabiliter pour les conserver en l’état ou les cultiver
Les actions lagonaires
L’aquaculture restaurative a pour objectif de réaliser plusieurs actions de réensemencements d’espèces marines herbivores dans les lagons afin de ralentir et/ou contrer la prolifération des macro-algues dans les lagons. Ces espèces herbivores exercent une pression sur les algues du milieu. Elles devraient ainsi ralentir et/ou contrer le shift algal.
Les relâchés seront réalisés de façon responsable et durable, selon des critères établis dans la littérature scientifique. Un travail de structuration scientifique et socio-économique sera développé, en parallèle de ces opérations, afin de permettre la mise en place d’une feuille de route adaptée au contexte local.
Une fois la production aquacole de ces animaux maitrisée, des premières opérations de relâchés pilotes seront mises en place, en lien avec des comités de gestion des rāhui et les associations de pêcheurs.
Face au coût écologique de l’alimentation mondiale, la Polynésie souffre de sa dépendance aux importations. Pour protéger ses écosystèmes, il est crucial développer l’indépendance alimentaire avec de nouveaux modèles de production à faible coût environnemental.
L’aquaculture d’espèces de bas niveau trophique, comme l’huître de roche, représente une alternative prometteuse. Actuellement, des essais d’aquaculture multi-trophique intégrée sont menés. Ces essais consistent à coupler les aquacultures de la crevette et de l’huître de roche afin de limiter le rejet d’éléments nutritifs dans les lagons.
Ceci répond à un besoin du territoire, dans le cadre du développement du lotissement aquacole de Faratea (Tahiti).
Dans la lancée du projet ARATA’I et en lien étroit avec le projet Moana Fenua, AMWI met en œuvre des campagnes d’arrachage de macro-algues Turbinaria ornata. Cette action participative est l’une des seules possibilités identifiées pour limiter leur présence. Les campagnes sont des demandes issues des communautés locales de pêcheurs. Ils ont ainsi un rôle actif dans le suivi des causes de prolifération de macro-algues. Des pistes de valorisation sont étudiées afin de rémunérer les participants aux campagnes.
Cette action sera intégrée à l’action d’aquaculture restauratrice. L’algue Turbinaria est peu consommée par les herbivores, ils privilégient les jeunes pousses. Cela permettra ainsi d’augmenter l’efficacité de l’aquaculture restaurative.
Les campagnes sont utiles pour étudier notamment la vitesse de recolonisation de l’algue et le taux de recrutement corallien, selon un gradient d’enrichissement en nutriments et de dégradation des habitats.
Cette action sera transversale aux actions lagonaires d’AMWI. L’Institut Louis Malardé suivra notamment l’impact sur le risque ciguatérique de projets tels que les réensemencements d’herbivores, l’arrachage de macro-algues et autres actions restauratrices réalisées au niveau du continuum terre-mer.
La ciguatera est une intoxication alimentaire particulièrement prévalente en Polynésie et liée à la consommation de poissons et d’invertébrés lagonaires contaminés par des neurotoxines produites par une microalgue toxique.
Cette action a pour objectif d’accompagner des familles de pêcheurs impactés par la mise en place de ZPR – zones de pêche réglementées -, des rāhui et des AMP – aires marines protégées -. Elle sera menée en lien avec l’aquaculture restaurative et sera basée sur le principe de l’économie circulaire. Les pêcheurs acquièreront les juvéniles à une entreprise, ils les feront grossir puis ils en vendront une partie. Les poissons restants, le nombre sera déterminé par des gestionnaires, seront relâchés dans les zones lagonaires protégées.
Les coordinateurs du living lab
Guillaume Marchand, Chef de projet
Tamatoa Bambridge, Anthropologue au CNRS – CRIOBE
Guillaume Mitta, Biologiste à Ifremer – SECOPOL
Jean Wencelius, Anthropologue au CNRS – CRIOBE














