Les oursins sous la loupe de Camille Dervillez : une approche par la modélisation

Camille Dervillez manipulant un oursin Tripneustes gratilla

À seulement quelques pas de l’eau, le Centre du Pacifique de l’Ifremer bouillonne de projets tournés vers l’avenir. C’est ici, sous le soleil polynésien, que Camille Dervillez, Étudiante ingénieure en sciences halieutiques et aquacoles à l’Institut Agro Rennes, a posé ses valises pour un stage de fin d’études. Entre la rigueur des modèles mathématiques et l’immersion sur le terrain, voici un portrait d’une jeune scientifique.

Une vocation ancrée dans les problématiques locales

Ce n’est pas un hasard si Camille a choisi de s’installer à l’Ifremer. Déjà familière des lieux grâce à un précédent stage de césure axé sur les bénitiers de Reao (Tuamotu), elle cherchait un cadre où la science rencontre directement les réalités du terrain.

“Les recherches menées ici sont vraiment ancrées dans les problématiques locales. Tu vois que ce que tu fais à un vrai impact pour le territoire, les populations et l’environnement”, confie-t-elle avec enthousiasme.

Fini les données abstraites reçues de seconde main : cette fois, elle a pu suivre son projet de A à Z. Du bureau où elle conçoit ses lignes de code sur R aux matinées passées à observer les enclos d’oursins.

Quand les oursins s’attaquent aux algues envahissantes

Au centre de sa mission se trouve un défi écologique d’envergure : les algues proliférantes Turbinaria ornata. Stimulée par les changements environnementaux et les pressions anthropiques, cette algue envahit peu à peu les lagons, prenant la place des coraux et menaçant l’équilibre fragile de l’écosystème.

Pour contrer ce phénomène le plus naturellement possible, le projet explore une solution fondée sur la nature (SfN) : l’aquaculture de restauration. L’idée consiste à relâcher des oursins autochtones Tripneustes gratilla, herbivores des récifs, pour qu’ils broutent et régulent ces algues indésirables. 

C’est là que le travail de Camille entre en jeu. Grâce à un modèle “individu-centré”, elle simule le comportement des oursins (leur vitesse de déplacement et leur appétit) pour répondre à une question clé : combien d’oursins faut-il relâcher pour être efficace ? 

Ses simulations à l’échelle du récif de Atimaono révèlent des chiffres de l’ordre de plusieurs centaines de milliers d’individus. Un chiffre impressionnant qui soulève, par ricochet, des questions écologiques majeures. Comme souligné durant l’entretien, relâcher une telle quantité d’oursins n’est pas un acte anodin : ce volume, bien au-delà de ce que l’on observe naturellement dans le milieu, pourrait engendrer des déséquilibres imprévus au sein de l’écosystème marin.

“C’est un nombre très important qui n’est pas accessible au niveau zootechnique, et qui pourrait avoir des conséquences écologiques”, précise-t-elle dans son analyse.

Image drone du site d'Atimaono, où seront relâchés les oursins dans le cadre de l'action Aquaculture restaurative © Alexandre Mercière

Face à ce constat, la solution ne peut être unique. L’enjeu est désormais de réfléchir à une stratégie combinée pour réduire ce besoin massif en oursins. L’aquaculture restaurative n’est qu’une pièce du puzzle : elle doit être complétée par d’autres approches, telles que l’introduction complémentaire de poissons herbivores ou les campagnes d’arrachage d’algues, mais aussi une meilleure gestion des apports de nutriments et de la surpêche. Cette approche pluridisciplinaire permettrait non seulement de diminuer la pression sur l’élevage d’oursins tout en traitant le problème à la racine.

Entre rigueur scientifique et anecdotes de terrain 

Derrière les codes et les graphiques sur l’ordinateur, la vie de stagiaire réserve parfois quelques surprises. Camille se souvient notamment de sa “panique” sur le terrain lorsqu’elle a vu une présence suspecte sur le dos d’un oursin. Une sorte d’anémone ou de champignon, laissant craindre un nouveau pathogène. Le mystère fut résolu dès le lendemain : il s’agissait simplement d’une fleur d’arbre tombée dans l’eau, collectée par l’un de ces “oursins collectionneurs”.

Ce stage a validé des résultats très encourageants qui serviront de base à un futur travail de thèse dès le mois d’octobre.

Une nouvelle vision de la recherche

Si cette aventure polynésienne touche à sa fin, elle laisse une empreinte sur la future ingénieure. Les échanges constants avec les chercheurs, la pluridisciplinarité de projet et la prise de conscience de l’utilité directe de ses recherches pour les populations locales ont redéfini ses aspirations professionnelles. 

Portrait de Camille Dervillez devant la cage expérimentale des oursins dans le lagon de Vairao © Maëlys Chapis

“J’ai envie de retrouver des projets concrets qui ont des impacts directs et qui apportent de vrais bénéfices aux populations. » confie-t-elle

Une belle trajectoire, qui prouve qu’avec de la méthode, de la passion et une bonne dose de curiosité, chaque ligne de code peut aider à faire respirer nos océans. 

Rédigé par Kathelle Prêcheur, Stagiaire en communication au CRIOBE


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